DÉROUTE
mercredi 21 mars 2007, par Ligeria
La Loire qui coule à mes pieds
Quelque part près des Ponts de Cé
Transporte un peu de ma mémoire
Charrie un peu de mon histoire.
Mais s’enfonce dans les sables mouvants
Mon destin de poète décadent
Sur les rives ligériennes, je clame mes rimes
Personne n’entend ce que j’exprime
Ici comme ailleurs on écoute pas les fous
Même en Anjou !
Surtout quand ils sont trouvères
Alors je ramasse mes pauvres vers
Que j’enferme entre les pages
D’un carnet devenu cage
Quadrillé comme les fenêtres d’une prison
Aux épais murs de gris béton.
Tandis que le fleuve suit son tortueux chemin
Sans se préoccuper de mes alexandrins
Une multitude d’ oiseaux crient plus fort que moi
Comme pour couvrir ma voix !
L’un d’eux vient de me chier sur la tête
Le renégat, le traite !
La Loire insensible continue sa route
Je me sens de plus en plus en déroute
Une mouette vole au-dessus de moi et rigole
Rien ne va plus, je dégringole
Un chien me pisse dessus
Me voilà apostrophant Jésus
Je tombe bien bas
Et rencontre Judas
Bizarre, ils se ressemblent tous deux
Miroir déformant, sauve-qui-peut
Iscariote va aux chiottes
Tandis que Jésus me chuchote
« laisse tomber tes vers et ta poésie
Sauf s’ils proclament l’anarchie
Lèves la tête et regardes-moi
J’en ai ras le bol d’être sur cette croix
Deux mille ans de calvaire
Et ces millions de faux-frères
Qui défilent sous ma nudité offerte aux regards
Parfois corrompus, ça me donne le cafard
Non ! Mon gars, tire-toi de cet enfer
Qu’est la poétique, l’alexandrin et les vers »
J’ai suivi les conseils du camarade Fils de l’homme
J’ai foutu le camp. Tous les chemins mènent à Rome
Et je me suis retrouvé dans les bas fonds de la capitale
C’était un soir de Bacchanales
Au bistrot des joyeux drilles
Vers la place de la Bastille
A chaque poème déclamé devant les spectateurs
Un verre de gros rouge pour apaiser le rimeur
Alors j’ai récité encore et encore
Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’aurore
Au petit matin, rond comme un polonais
Sur le trottoir, titubant, pas très frais
J’ai pris un billet sans retour
Pour mon ultime parcours
A fond la caisse, le T.G.V filait sa route
Direction : station terminus : déroute.