Il est onze heure sur la ville
L’église sonne le glas
La cérémonie fut débile
C’est pas toujours extra.
La famille la plus proche
Est la première à sortir
J’ai pas les yeux dans les poches
J’vois bien qu’ils veulent vomir.
Le désespoir ça gifle
Le mouchoir à la main
Les femmes en noir reniflent
L’effluve de leur chagrin.
Les hommes en costume
Sombre comme la nuit
Ne pleurent pas par coutume
Mais le cœur a envie.
À porter ce caisson
Je me détruis l’épaule
En tête de procession
Le diable trouve ça drôle.
Une fois dans le corbillard
Direction le cimetière
Toujours le même cauchemar
Jusqu’à s’qu’il soit sous terre.
J’suis l’croque-mort d’la place d’Italie
J’mets des fleurs sur vos tombes
J’voudrais me casser d’ici
Et voler comme une colombe
Cela fait onze ans
Que je fais mon métier
Comme disent les gens
Il faut bien manger
Se nourrir de vos malheurs
C’est triste, je l’avoue
Mais je prépare vos fleurs
Pour le dernier rendez-vous
Plombiers, avocats
Humoristes, paysans
Tout le monde passe chez moi
Mais personne ne me voit.
Je ne vous en veux pas
Quand l’deuil frappe le destin
Les p’tits gars comme moi
Ils ne comptent pour rien.
Faut bien quelqu’un le fasse
Vous pouvez prendre ma place
Chez nous y’a pas de chômage
Encore moins de jour férié
Faut regarder le visage
Des clients, les habiller
C’est sûr qu’ils sont pas chiants
Mais je préfère les causants
J’suis l’croque-mort d’la place d’Italie
J’mets des fleurs sur vos tombes
J’voudrais me casser d’ici
Et voler comme une colombe
Onze heure au pendule
Elle lit la nécrologie
Les fleurs ont vieilli
Au mur j’trouve ça ridicule
Tous les dimanches midis
J’mange avec maman
Depuis que papa est parti
Elle est seule, c’est pas marrant
Elle voudrait que j’me marie
Qu’j’pense à ma descendance
C’est la sienne qu’a du souci
Avec moi elle a pas de chance
C’est p’t’être un peu idiot
Mais elle m’rapelle le boulot
Alors quand je rentre chez moi
J’prépare mes pinceaux
Je dessine ma sépulture
Un testament pour l’au-delà
Sur un jaune vif en fond
J’envoie du bleu d’azur
La fanfare et le flonflon
Un gigantesque enterrement
Des fleurs de l’accordéon
Une fête au bonheur
Et au Temps
Il est mort le croque-mort
De la place d’Italie,
Youppie !
Il est au paradis.